L'Editorial de Baba Keita, directeur de l'EPA

 
Baba Keita

En ce mois de septembre qui marque généralement la rentrée, nombreux sont les défis qui se bousculent autour du dernier trimestre de l’année 2012. L’EPA n’est pas en reste et nous avons passé le mois d’août à préparer un certain nombre de projets pour une rentrée relativement chargée dont voici un bref aperçu.   

D’abord, le projet « Espaces publics de Porto-Nov o» Inventaire, cartographie, vade-mecum, gestion urbaine et coopération « Sud-sud » entre Porto-Novo (Bénin) et Lubumbashi (RDC). Il s’agit d’un projet pilote, financé par Wallonie Bruxelles International et mis en œuvre par l’EPA en partenariat avec la Faculté d’Architecture La Cambre-Horta de l’Université Libre de Bruxelles, la Mairie de Porto-Novo, et l’Université et le musée de Lubumbashi.

Ensuite, la deuxième édition du cours technique «Patrimoine culturel et développement local» mise en œuvre par l’EPA en partenariat avec l’Association Internationale des Maires Francophones et 22 autres partenaires institutionnels. Ce cours se déroule en ce moment à l’EPA, Porto-Novo avec la participation de 24 secrétaires généraux et techniciens municipaux provenant de 24 communes de 6 pays de l’Afrique de l’Ouest.

Puis, le projet « Liaisons Urbaines : expérimentations et transformation d’espaces publics », dont la phase pilote se déroulera sur un site urbain de Porto-Novo, Bénin autour de la thématique cuisine de rue, espaces publics et créations artistiques. Un projet piloté par l’EPA en partenariat avec l’Institut Français, Paris.

Les résultats de ces projets seront présentés dans les prochains numéros de La Lettre de l’EPA.    

Comme dans les précédents numéros, vous aurez un dossier qui traite de manière détaillée les projets finalisés ou en cours. Le Programme «Les Musées au Service du Développement (MSD)» sera abordé, ainsi que la médiation autour de la version française de l’exposition internationale A comme Afrique officiellement ouverte au Burkina-Faso depuis mars 2012 et bien d’autres sujets intéressants que vous découvrirez en lisant ce numéro.

Enfin, pour terminer, je voudrais rappeler à votre attention que la pétition pour la sauvegarde du patrimoine culturel malien est en ligne et accessible. Merci d’avance de la signer et d’en assurer une large diffusion.    

Je vous souhaite une bonne rentrée et à bientôt.

 

Dossier

 

Le programme « Les musées au service du développement - Msd » : des réponses adaptées aux problèmes des musées de l’Afrique subsaharienne

Visite au musée de la Chefferie de Bandjoun, CamerounLes études menées par l’EPA au début des années 2000 sur l’état des lieux de la relation école-musée ainsi que sur la capacité de gestion des musées et institutions assimilées ont révélé trois problèmes majeurs qui freinent le développement des musées en Afrique :
- le très faible taux de fréquentation des musées et institutions assimilées avec comme corollaire la faiblesse de leurs revenus.
- la faiblesse de l’offre scientifique et culturelle de ces institutions
- la non maîtrise des questions de publics et la faiblesse des activités innovantes.

C’est pour donner des réponses appropriées à ces problèmes que le programme Msd, financé entièrement par le Ministère français des Affaires étrangères et européennes sur un Fonds de Solidarité Prioritaire à hauteur de trois millions d’euros, a été créé.
Son objectif principal était de renforcer le rôle de la culture dans le développement humain et économique de l’Afrique subsaharienne en :
- accroissant le taux de fréquentation des musées
- accroissant les ressources financières propres des musées.

Afin d’atteindre ces objectifs tout en garantissant la pérennité des acquis, quatre domaines d’intervention ont été déterminés pour la mise en œuvre de ce programme piloté de 2007 à 2011 :
- développement et valorisation de l’offre éducative des musées
- développement et valorisation de l’offre scientifique et culturelle des musées
- développement des modes de gestion des musées dans une perspective d’autonomisation financière
- renforcement des capacités d’accueil et d’intervention de l’EPA.

Ouvert aussi bien aux musées publics, privés ou communautaires qu’aux organisations non gouvernementales ayant une certaine expérience dans l’un des domaines de son champ de préoccupations, le Msd a essentiellement fonctionné par appels à projets. C’est ainsi que 40 projets ont été financés dans 15 pays, permettant d’obtenir les résultats substantiels ci-après :
- Musée - école :
Pour renforcer les liens entre le musée et l’école, 115 professionnels africains de l’éducation ont participé à des modules de formation conçus à cet effet. Dans le cadre des interventions directes dans les musées, 12 mallettes pédagogiques ont été créées dans 12 musées, 9 parcours jeunes ont été créés dans les expositions permanentes de 9 musées et 15 livrets-guides pédagogiques ont été publiés. Toutes ces actions ont permis de toucher environ 200.000 écoliers et élèves.
- Expositions :
Afin de booster l’offre scientifique et culturelle des institutions africaines, 6 expositions permanentes ont été montées/renouvelées et 4 expositions temporaires ont été montées dans 10 musées. Une exposition « A comme Afrique » a été conçue en versions francophone et anglophone. Montée au Musée National du Burkina Faso et au National Museum of Nairobi, Kenya, elle traduit les regards des Africains sur eux-mêmes. Un catalogue de l’exposition a été publié.
- Gestion des musées :
Des expériences novatrices ont été initiées afin de conférer une autonomie financière aux musées et institutions assimilées. C’est ainsi que 2 banques culturelles ont été créées dans 2 pays, 8 musées ont été accompagnés pour la mise en place d’activités génératrices de revenus et 64 artisans de 4 centres artisanaux de 4 pays ont bénéficié d’ateliers pilotes liant l’artisanat et le design.

Ces activités ont permis d’obtenir, en moyenne, un accroissement de 60 % de la fréquentation et de 25 % des revenus des musées touchés.

Diane Toffoun


Préparation des propositions d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial

La faible représentation des biens africains sur la Liste du patrimoine mondial et paradoxalement la  surreprésentation de ces biens sur la Liste du patrimoine mondial en péril ont conduit à développer le programme de formation « Préparation des propositions d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial ». Ce programme, développé à l’intention des professionnels et gestionnaires de biens culturels et naturels ayant entamé l’élaboration d’un dossier d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial, a pour objectif fondamental de contribuer à améliorer  la qualité des soumissions d’inscription de biens africains en vue de leur reconnaissance au niveau mondial, et de facto d’accroître le nombre de biens africains sur la Liste du patrimoine mondial.

Suite aux éditions de ce programme réalisées respectivement au Lesotho (2008-2009) et au Bénin (2009-2010), puis en Namibie (2010-2011) et au Congo et Bénin (2011-2012), au moins cinq biens africains dont « Le Fort Jésus » et « Réseau des lacs du Kenya dans la vallée du Grand Rift au Kenya » en 2011 et la ville historique de Grand Bassam en 2012, ont été inscrits sur la Liste du patrimoine mondial. Il est réconfortant et encourageant de noter qu’au moins six biens africains dont trois du programme francophone de 2009-2010 sont en lice pour être examinés par le Comité du patrimoine mondial à sa 37è session.

D’une durée de neuf à douze mois, ce programme, initié par le Fonds pour le patrimoine mondial africain (FPMA) lancé en 2006 en Afrique du Sud, est développé en partenariat avec les institutions régionales de formation, l’Ecole du Patrimoine Africain (EPA) pour les pays francophones et le Centre for Heritage Development in Africa (CHDA) pour les pays anglophones, le Centre du patrimoine mondial (Cpm), l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le Conseil international des monuments et sites (ICOMOS) et le Centre international d’études pour la conservation et la restauration des biens culturels (ICCROM) avec l’appui financier de l’Agence espagnole de coopération internationale au développement (AECID), du ministère des affaires étrangères de la Norvège et des pays africains.

Victoire Adégbidi

Le coin du JPN

 

Une nouvelle offre de visite au Jardin des Plantes et de la Nature

Visite pédagogique au JPNGrâce à un soutien financier de la Fondation Annenberg en 2010, le Jardin des Plantes et de la Nature-JPN de Porto-Novo a créé un parcours de visite autour des attributs du pouvoir dans le royaume de Hogbonou. L’objectif de ce parcours, ouvert en décembre 2011, est de valoriser les éléments historiques du JPN à travers la découverte des signes, des représentations, des plantes et arbres sacrés de la tradition béninoise. Il est destiné aux jeunes scolarisés de 7 à 18 ans.

Le parcours « Attributs du pouvoir dans le royaume de Hogbonou » est créé autour de quatre éléments : 1- la case d’entrée au musée ; 2- les symboles du fa : le fa est un système divinatoire d’origine yorouba qui repose sur 256 signes et associés. C’est un attribut royal qui permet au roi de consulter le passé, le présent et le futur. Toute décision doit être soumise à ce rituel. La forêt sacrée (actuel JPN) a été le lieu de consultation du fa par le roi de Hogbonou ; 3- les arbres sacrés : comme l’iroko, le kolatier géant, les kolatiers à deux tranches et à quatre tranches, ils ont eu des fonctions précises. Ils portent l’énergie et permettent au roi d’en faire plusieurs usages ; 4- les plantes médicinales : elles contiennent des agents bioactifs pour prévenir, calmer ou guérir les maladies physiques, mentales ou sociales.

Les prévisions de fréquentation pour 2012 sont estimées à plus de 11.500 visiteurs, soit une hausse de 15% par rapport à 2011.  C’est une nouvelle offre que le JPN propose à son public qui en avait exprimé le besoin. De plus, le parcours s’adresse à une catégorie de public (public jeune en visite non scolaire) qui n’était pas prise en compte dans les visites traditionnelles du jardin. Il donnera aussi plus de visibilité au JPN et le positionnera comme un haut lieu de découverte des attributs du pouvoir dans le royaume de Hogbonou. Ce nouveau parcours de visite vient compléter les quatre qui existaient déjà à savoir : le monde végétal autour de nous, la fleur à quoi sert-elle dans la vie d’une plante, le monde terrestre et aquatique et le circuit touristique. 

Merci encore une fois à la Fondation Annenberg pour son soutien.

Franck Ogou

Autour de A comme Afrique

 

Etes-vous exploité ou exploiteur ?

Groupe de scolaires devant le Module E, OuagadougouL’animation de l’exposition A comme Afrique continue au Musée National du Burkina Faso à Ouagadougou. Les visites guidées se poursuivent et environ 3.800 nouvelles personnes ont été accueillies dans les salles de l’exposition de mai à août, portant le nombre de visiteurs à plus de 15.000.

Au cours de cette période, l’équipe d’animation du musée national a organisé des activités pour les enfants autour des modules Afrique, Bronze, Cuisine, Exploitation, Football, Grands-parents, Histoire, Justice. Ce sont surtout les interactifs qui ont été exploités, donnant la possibilité aux enfants de manipuler des puzzles et de raconter leurs rêves pour l’Afrique, de participer à des atelier de pratiques artistiques, de reconnaître des épices à leur senteur, de discuter de leurs droits et devoir vis-à-vis de leurs grands-parents, d’identifier les principales dates de l’histoire du Burkina Faso, etc. Environ 1.500 enfants ont participé à ces activités.

En juillet, mois consacré au module « E comme exploitation », la visite guidée a été axée prioritairement sur ce module. Les enfants ont été appelés à identifier, au niveau des interactifs, les situations d’exploitation (ou non) et d’argumenter leurs réponses. Lors de causeries-débats organisées pour susciter des réactions sur cette problématique, les enfants ont pu donner des exemples de cas d’exploitation vécus et proposer des solutions pour y remédier. Une association dénommée "KIEOGO" (famille) qui s’occupe des enfants en situation difficile a été sollicitée pour partager son expérience dans la lutte contre ces cas d’exploitation.

Un catalogue de A comme Afrique est disponible. Réalisé en collaboration avec les Editions Grandvaux, l’ouvrage est le prolongement de cette exposition internationale dont il fait partager les coulisses de la "mise en scène" des idées et des réflexions collectives.

Diane Toffoun

Ils nous ont rendu visite

 

Visite de la DG UNESCO à l’EPA
09/06/2012 : Madame Irina Bokova, Directrice Générale de l’UNESCO, a visité l’Ecole du Patrimoine Africain-EPA, le samedi 09 juin 2012, dix ans après la visite de son prédécesseur, M. Koïchiro Matsuura. Madame Bokova était accompagnée d’une forte délégation venue du siège, de l’Ambassadeur du Bénin à l’UNESCO (le professeur Joseph Yaï) et de cinq ministres du Bénin : le Ministre de l’Enseignement maternel et primaire, le ministre de la culture, la ministre de la communication et le ministre de la famille. Au cours de la visite, le directeur de l’EPA a présenté son institution à la DG afin de lui permettre de mieux cerner la vision, les objectifs, la qualité du travail qui se fait au quotidien, les enjeux et les défis de l’institution et du patrimoine culturel en général. Enfin, une brève rencontre de la Directrice Générale avec des représentants de la société civile culturelle vivant au Bénin a mis un terme à la visite.

Visite du Ministre délégué de la culture du Gabon à l’EPA
27/06/2012 : Monsieur Ernest Walker Onewin, Ministre délégué chargé de la culture, de la jeunesse et des sports du Gabon, a profité de son séjour au Bénin dans le cadre des 18èmes championnats seniors africains d'athlétisme pour rendre une visite à l’EPA. Au cours de celle-ci, le ministre a eu avec le directeur une séance de travail sur les questions relatives à la demande d'un accord de siège pour l'antenne EPA de Libreville, la contribution financière du Gabon au Fonds EPA et/ou aux fonctionnement et activités de l’EPA, ainsi que la participation des Gabonais au 13ème Cours Universitaire International (CUI).

Osséni Soubérou

In Memoriam

 

Cyprien Tokoudagba
Cyprien Tokoudagba s’est éteint  le 5 mai dernier des suites d’une longue maladie. Il s’en est  allé dans la discrétion, comme il a vécu. Le Bénin et l’Afrique ont perdu un digne fils.  Arrivé dans le milieu de l’art presque par hasard et en autodidacte, Cyprien Tokoudagba a été, en 1987, nommé restaurateur des anciens bas-reliefs en dégradation au musée historique d’Abomey. Son style reflète le degré de la connaissance qu’il a de la tradition béninoise notamment “fon”.  En dehors des murs du musée d’Abomey et d’autres villes du Bénin, Cyprien Tokoudagba a posé sa marque sur plusieurs sites historiques du Bénin. Les sculptures le long de la Route des Esclaves et celle de la Forêt Sacrée à Ouidah portent sa signature. Avec une première exposition au Centre Georges Pompidou à Paris en 1989, l’artiste s’est ouvert la porte des grands rendez-vous d’art plastique à l’international et celle des collectionneurs d’art. A l’écrivain togolais Kangni Alem de témoigner : «La première fois que j’ai vu sa statuaire, c’était au palais royal d’Abomey. J’ai eu cette réflexion : «Même les sourds comprendraient les murmures de ses statues.» Pour moi, cet homme dessinait et sculptait pour les gens ordinaires, ce qui relève du mystère de la tradition...»
L’artiste ne meurt pas. Cyprien Tokoudagba vit de par ses œuvres qui restent et témoignent de la grandeur de son inspiration. Salut l’artiste !!!

 

 Cyprien Tokoudagba

Francisco Xavier Yambo
Nous avons appris avec une grande tristesse le décès de M. Francisco Xavier Yambo survenu le 8 juillet dernier. Directeur général de l’Institut National du Patrimoine Culturel d’avril 2000 à mars 2010, M. Francisco Xavier Yambo a eu un parcours personnel et professionnel riche d’enseignements. Né le 7 août 1945, il a été agent administratif de 1962 à 1966 à Dundo dans son pays, l’Angola, avant d’aller faire des études universitaires en Anthropologie culturelle à l'Université de Lubumbashi, République Démocratique du Congo. A son retour, il fut admis comme employé du Ministère de la Culture et placé au Musée National d'Anthropologie, exerçant les fonctions de Guide. Il a ensuite été nommé à la tête du département technique de la Direction nationale des musées et des monuments puis Directeur du Musée Régional de Huambo de septembre 1985 à mai 1997.

M. Francisco Xavier Yambo fut un grand artisan du processus de sauvegarde et de valorisation du patrimoine africain. Que son âme repose en paix !

Osséni Soubérou

 Francisco Xavier Yambo

Paroles de sagesse

 
La mort engloutit l'homme, elle n'engloutit pas son nom et sa réputation.

Rédaction : Osséni Soubérou, Diane Toffoun, Franck Ogou, Victoire Adégbidi, Anne Avaro.
Conception : avec la participation de Aude-Maïmouna Guyot-Mbodji.
© Ecole du Patrimoine Africain 2012 - ISSN 1840-5630