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Echanges avec S.E. M. Horst Köhler, Président de la République Fédérale d'Allemagne (extrait)


Horst Köhler est né en 1943 à Skierbieszòw, Pologne, de parents agriculteurs d'origine allemande. Il entame sa carrière politique après des études en sciences économiques à l'université de Tübingen. Il est élu neuvième président de la République fédérale d'Allemagne le 23 mai 2004.


EPA : Votre insistance à vouloir échanger avec les artistes et les gens de culture béninois et africains a beaucoup surpris ; qu'est-ce qui vous a motivé véritablement ?

S. E. M. Horst Köhler : Il y a au moins deux raisons. La première est qu'à travers ma vie personnelle aussi bien que dans l'exercice de mes fonctions, j'ai pu voir des inégalités au sein des hommes et cela est toujours très émouvant pour moi. Mais en même temps, et surtout en Afrique où il y a une grande pauvreté et où on vit parfois dans l'angoisse de la survie, je me suis rendu compte que grâce aux artistes, il peut y avoir de l'harmonie, de l'espoir, des idées, de l'inspiration ; et cela est important. Les arts peuvent nous donner de l'espoir.
La deuxième raison c'est que quand j'étais élève, et par la suite dans ma jeunesse, j'ai toujours su que la musique jazz a ses racines en Afrique. Ainsi, je suis entré en contact assez tôt avec la culture africaine ; je voulais concrétiser mon engagement pour cette culture en la faisant connaître par beaucoup plus de personnes en Allemagne, en Europe, car je suis convaincu qu'elles pourraient beaucoup en apprendre.

EPA : Comment appréciez-vous la mondialisation ? Quelles en sont les conséquences, négatives, qui vous inquiètent le plus ? Et quelles en sont les conséquences, positives, auxquelles les artistes et les gens de culture africains devraient être particulièrement attentifs ?

S. E. M. Horst Köhler : Vous posez beaucoup de questions auxquelles je vais essayer de répondre. Mais avant, je voudrais dire quelque chose à propos de la discussion précédente. Selon mes propres expériences, il est très important que les Africains retrouvent leur conscience, leur fierté en tant qu'Africains et à l'intérieur de l'Afrique. Cependant, ce n'est pas chose facile lorsqu'on considère l'histoire liée à l'esclavage, à la colonisation par l'Occident. Mais vous devez déterminer cette voie, la déterminer par vous-même, car si vous vous mettez à imiter, vous n'aboutirez à rien. La conscience de son état, la fierté de soi sont importantes pour pouvoir s'affirmer dans un monde de l'internationalité, dans un monde de mondialisation. Pour revenir à la mondialisation, je dirais qu'elle n'est ni bonne, ni mauvaise. La mondialisation dépend uniquement de ce que nous, êtres humains, voulons en faire. C'est pour cela que la mondialisation a besoin d'être organisée politiquement. En nous appuyant sur une bonne organisation politique, nous devons nous demander quelles sont les meilleures voies, car nul au monde, que ce soit en Afrique, en Asie, en Amérique ou en Europe, ne doit se résigner à la pauvreté. Il est important de faire remarquer qu'aucun pays n'a une recette pour la mondialisation, valable pour tout le monde, qui indique comment en exploiter les bons côtés et comment en combattre ou en éliminer les mauvais côtés.

Il n'est pas moins important d'attirer notre attention sur le fait que la population mondiale croît constamment ; nous sommes aujourd'hui 6 milliards sur la terre et si la croissance démographique continue ainsi, particulièrement en Afrique, en 2030 ou en 2050, la terre abritera 9 milliards d'hommes. Ils voudront et devront tous se nourrir. Nous devons donc comprendre que nous vivons sur une planète dont les biens disponibles se font rares et nous ne devons pas négliger les moyens et les expériences dont nous disposons pour affronter cette rareté. Je pense alors, pour ma part, que pour une organisation positive de la mondialisation, nous devons accepter la concurrence en tant que facteur de régulation. La concurrence pousse à s'améliorer, à avoir de meilleures idées ; grâce à la concurrence, on fait des efforts de créativité, on mobilise de l'énergie. Et l'Afrique ne peut pas se mettre en marge de ce facteur de concurrence, que cela soit dans le domaine de l'artisanat, de l'écologie !!! Je n'ai pas donné ici des réponses précises ; cela ne signifie pas que vous n'obtiendrez pas des aides mais le principe de la concurrence et de la prise de responsabilité par soi-même et par sa nation doit être accepté.

EPA : Merci beaucoup M. le Président de la République.

NB : Traduit de l'allemand avec l'aide des services de l'ambassade d'Allemagne au Bénin

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